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Journal, Notes & Impudeurs
Carnet personnel, jalons de quelques temps.
Pensées, réflexions, humeurs, opinions, portraits et fictions.
.© Romain Guilleaumes. Tous droits réservés.


Idées noires IV : Le blues du cafard et du bourdon

 Verdict implacable : condamné à vie !
Si la civilisation a cru bon de combattre et proscrire la peine de mort vouée aux criminels, la peine de vie - autrement impitoyable - est plus que jamais d'application pour les faibles, les fragiles, les cassés et les brisés qui n'ont ni la force de combattre le monde ni le courage de le quitter d'eux-mêmes.

 Si mes soucis cardiaques de 2008 m'avaient fait l'effet d'un terrible coup de massue, leur récent regain avait, pour mon âme décidément torturée, esquissé l'heureuse perspective d'une possible libération prochaine.

 Il n'en sera finalement rien puisque les dysfonctionnements relevés, non contents de n'être pas significatifs, n'hypothèquent en rien mes jours. Pour ce qui est du court terme à tout le moins...

 Quitte à paraître paradoxal, je suis effectivement déçu du verdict. Un problème précis, surtout sérieux, auquel on aurait pu remédier - ou pas... - m'aurait tranquillisé l'esprit. S'il avait lourdement amputé mon espérance de vie, au moins n'aurais-je plus eu d'autre choix que de tirer le meilleur parti de chaque jour m'étant offert, comme d'un précieux présent de la Providence, sans me soucier un seul instant du lendemain. Ce diagnostic-là, celui qui ne fut pas, m'aurait libéré de mes plus impitoyables maux intimes, qui grèvent mon existence depuis l'aube de mes jours, l'anxiété du lendemain et l'angoisse de l'être.

 Mais qu'aucune menace pour ma vitalité à court terme n'ait, cette fois, été remarquée, diagnostiquée, débusquée, m'impose d'envisager un avenir que je n'appelle pourtant plus de mes vœux puisque les plans du Grand Architecte ou Horloger ne prévoient sans doute pas de combler mes ultimes espérances et rêves. S'il les entend, il ne doit y voir qu''imaginaire et illusion, pitoyables divertissements destinés à me faire patienter dans l'attente d'un départ à l'horaire encore indécis.

 Je suis fatigué de poursuivre une route qui ne me mène manifestement nulle part, de me stresser, de m'angoisser, de m'inquiéter, de chercher inlassablement et sans succès l'improbable, fragile et précieux équilibre entre ma volonté et celle d'autrui, entre mon bon plaisir et la conformité sociale qu'on exige de celui qui ne pourrait être qu'indigent en cas d'insoumission.

 Que voilà beaucoup de mots pour dire ce que tout le monde avait compris bien plus simplement : j'en ai marre !

 Le meilleur est derrière moi et, si je l'observe sans concession, il n'était déjà pas si extraordinaire que cela... La mémoire ne fournit de souvenirs qu'aux ordres du cœur et l'illusionne selon son meilleur goût.

 Si je me voulais plus bassement prosaïque, je ne pourrais sans doute pas effacer d'un revers de main cette frustration qui fut mienne ces derniers jours et qui contribua - peut-être plus encore que tout le reste - à miner ma raison et mon moral. Quelques jours durant, les jolies infirmières ne semblèrent voir en moi qu'un gros morceau de carne vieillissante, là où - hier encore - il ne m'était pas si rare d'avoir le privilège de susciter quelque manifeste émoi flatteur...

 Ô ! cruels outrages du temps, délaissez donc votre ouvrage implacable et libérez-moi de vos supplices...
.- 17 mars 2010 -


© Bernard Willems-Diriken, dit Romain Guilleaumes .