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Journal, Notes & Impudeurs
Carnet
personnel, jalons de quelques temps.
Pensées,
réflexions, humeurs, opinions, portraits et fictions.
.©
Romain Guilleaumes. Tous droits réservés.
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La Camarde rôde
Vingt
mois plus tard, les symptômes sont de retour. Atténués,
moins prononcés certes, mais bel et bien là alors qu'ils
n'auraient plus dû revenir.
Mon cœur donne de nouveaux signes de faiblesse inquiétants et je vais donc
repasser sur le billard. On va observer, chipoter et
tripoter, peut-être se et me rassurer ou devoir regonfler ou
charcuter. Petit ressort ou pontage, simple ou double, telle
est la carte du jour. Faites votre choix, amis chirurgiens
et cardiologues qui, déjà, m'avez sauvé la vie une fois...
Je m'en remets à vous, à votre expérience et à votre
expertise, à votre talent aussi.
Mais, en attendant, rappelez-moi un peu pourquoi j'ai surveillé mon
alimentation et très péniblement arrêté de fumer ? Ah oui,
pour préserver mes coronaires et mon cœur d'une nouvelle
attaque sournoise... Hum ! Me priver et me faire ainsi
violence, empoisonner mes humeurs de longs mois durant,
valaient-il donc vraiment la peine ?
Comme je disais en titre, la Camarde rôde. Elle est là, elle est de
nouveau là, elle est finalement encore et toujours là. Je
lui ai fait faux bond en juillet 2008, mais chassée par la
porte, elle revient par la fenêtre, obstinée et décidée à ne
point s'en laisser conter et à obtenir son dû. Si elle a
toléré qu'on m'accorde un sursis, elle ne m'a néanmoins pas
oublié et revient à la charge. Mes avocats en blouses
blanches feront-ils à nouveau triompher leur argumentaire et
m'obtiendront-ils un nouveau délai, un rabiot de vie
supplémentaire ?
Mais un rabiot pour quoi faire, en vérité, destiné à quoi ? Si le
précédent me permit d'être l'oreille salvatrice et la
béquille opportune d'un ami qui affrontait probablement la
pire épreuve de son existence, il est aujourd'hui
suffisamment reconstruit et renforcé pour affronter seul les
aléas de la vie.
Là, pardonnez-moi, mais face à la mort j'aimerais me montrer quand même un
peu égoïste. S'il doit m'être permis de vivre un peu plus
longtemps que les pronostics actuels ne le supposent,
pourrais-je seulement en retirer quelques vrais et
authentiques profits, plaisirs, joies et bénéfices (j'évite
sciemment le plus abject des illusionnistes abuseurs de
toute santé mentale, le mot bonheur) ?
Essayons d'être philosophe. Qu'est-ce qui m'attend ? Soit l'opération va
révéler que je n'ai en fait rien de sérieux, soit on va
identifier le problème et me sauver une nouvelle fois la
vie, soit on trouvera le problème mais on ne me sauvera pas
la vie. C'est on ne peut plus simple, me semble-t-il.
Comment l'appréhender, enfin ? En se posant la bonne question. A mon âge,
qu'est-ce que j'attends encore de la vie ? J'ai dépassé ce
temps où l'on décide de consacrer son existence à bâtir un
foyer, à constituer, faire croître et embellir une famille,
à poursuivre une réalisation sociale ou à magnifier son
existence à force de travail, de talent parfois et de temps
toujours, ce qui me manque désormais le plus.
Qu'est-ce que j'attends donc encore de la vie ? Deux choses, en fait.
Rencontrer enfin ce grand amour que j'ai tantôt cherché
tantôt attendu, mais auquel j'ai toujours cru, pensant
l'esquisser parfois, en en perdant l'illusion souvent.
Rencontrer donc enfin cette improbable femme qui, par ses
seules nature et présence, me ferait le plus simplement du
monde aimer la vie. Ensuite, j'aimerais que la vie m'offre
l'opportunité de vivre confortablement, en toute sérénité et
insouciance.
L'amour avec un grand A et la sérénité du confort et de la sagesse, voilà
les seules choses que j'attends encore de ma vie, hormis
l'indispensable bonne santé qui permet de profiter du reste.
Mais l'amour et le confort psycho-socio-économique sont deux
objectifs très improbables à réaliser, tandis que leur
concomitance relève presque de l'impossible...
Mes attentes de la vie se résument donc finalement à de l'improbable et à
de l'impossible. Si le couperet doit tomber, eh bien ! qu'il
tombe. Je crains malheureusement qu'il ne me fera pas rater
grand chose. Le meilleur ne reste sans doute pas à venir, il
est hélas derrière moi. Loin, déjà !
D'ici l'intervention, les médecins m'ont conseillé beaucoup de repos, de
calme, d'éviter les sources de stress, d'anxiété et
d'énervement, ainsi que les fortes émotions. Soit !
Profitons-en donc pour ne plus penser à rien d'autre qu'a
lire - et pourquoi pas ces maîtres que je néglige trop
souvent, que sont Hugo, Voltaire, Rousseau, Stendhal,
Maupassant ou Balzac.
Paradis des plumes, me voici !
Enfin, si les disciples d'Esculape ne repoussaient pas victorieusement la
sinistre Camarde, à mes proches et à tous ceux que ma vie
m'a donné la joie, le plaisir et l'honneur de connaître, je
dirais : au-revoir s'il est un au-delà, sinon adieu et
prenez soin de vous en tout cas.
.-
3 mars 2010 -
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