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Journal, Notes & Impudeurs
Carnet
personnel, jalons de quelques temps.
Pensées,
réflexions, humeurs, opinions, portraits et fictions.
.©
Romain Guilleaumes. Tous droits réservés.
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Idées noires I :
Décombres
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24 février 2010 -
J'ai
vu tant de mes rêves s'écrouler que je me demande comment je
n'étouffe pas sous leurs décombres.
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Idées noires II :
Protégez-vous !
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26 février 2010 -
Combattez
sans cesse vos sentiments, interdisez-leur le contrôle de
votre être, et si vous en devenez triste pour une
vie entière, dites-vous bien que vous échappez ainsi aux pires
tourments et souffrances d'une existence humaine...
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Idées noires III :
La Camarde rôde
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3 mars 2010 -
Vingt
mois plus tard, les symptômes sont de retour. Atténués,
moins prononcés certes, mais bel et bien là alors qu'ils
n'auraient plus dû revenir.
Mon cœur donne de nouveaux signes de faiblesse inquiétants et je vais donc
repasser sur le billard. On va observer, chipoter et
tripoter, peut-être se et me rassurer ou devoir regonfler ou
charcuter. Petit ressort ou pontage, simple ou double, telle
est la carte du jour. Faites votre choix, amis chirurgiens
et cardiologues qui, déjà, m'avez sauvé la vie une fois...
Je m'en remets à vous, à votre expérience et à votre
expertise, à votre talent aussi.
Mais, en attendant, rappelez-moi un peu pourquoi j'ai surveillé mon
alimentation et très péniblement arrêté de fumer ? Ah oui,
pour préserver mes coronaires et mon cœur d'une nouvelle
attaque sournoise... Hum ! Me priver et me faire ainsi
violence, empoisonner mes humeurs de longs mois durant,
valaient-il donc vraiment la peine ?
Comme je disais en titre, la Camarde rôde. Elle est là, elle est de
nouveau là, elle est finalement encore et toujours là. Je
lui ai fait faux bond en juillet 2008, mais chassée par la
porte, elle revient par la fenêtre, obstinée et décidée à ne
point s'en laisser conter et à obtenir son dû. Si elle a
toléré qu'on m'accorde un sursis, elle ne m'a néanmoins pas
oublié et revient à la charge. Mes avocats en blouses
blanches feront-ils à nouveau triompher leur argumentaire et
m'obtiendront-ils un nouveau délai, un rabiot de vie
supplémentaire ?
Mais un rabiot pour quoi faire, en vérité, destiné à quoi ? Si le
précédent me permit d'être l'oreille salvatrice et la
béquille opportune d'un ami qui affrontait probablement la
pire épreuve de son existence, il est aujourd'hui
suffisamment reconstruit et renforcé pour affronter seul les
aléas de la vie.
Là, pardonnez-moi, mais face à la mort j'aimerais me montrer quand même un
peu égoïste. S'il doit m'être permis de vivre un peu plus
longtemps que les pronostics actuels ne le supposent,
pourrais-je seulement en retirer quelques vrais et
authentiques profits, plaisirs, joies et bénéfices (j'évite
sciemment le plus abject des illusionnistes abuseurs de
toute santé mentale, le mot bonheur) ?
Essayons d'être philosophe. Qu'est-ce qui m'attend ? Soit l'opération va
révéler que je n'ai en fait rien de sérieux, soit on va
identifier le problème et me sauver une nouvelle fois la
vie, soit on trouvera le problème mais on ne me sauvera pas
la vie. C'est on ne peut plus simple, me semble-t-il.
Comment l'appréhender, enfin ? En se posant la bonne question. A mon âge,
qu'est-ce que j'attends encore de la vie ? J'ai dépassé ce
temps où l'on décide de consacrer son existence à bâtir un
foyer, à constituer, faire croître et embellir une famille,
à poursuivre une réalisation sociale ou à magnifier son
existence à force de travail, de talent parfois et de temps
toujours, ce qui me manque désormais le plus.
Qu'est-ce que j'attends donc encore de la vie ? Deux choses, en fait.
Rencontrer enfin ce grand amour que j'ai tantôt cherché
tantôt attendu, mais auquel j'ai toujours cru, pensant
l'esquisser parfois, en en perdant l'illusion souvent.
Rencontrer donc enfin cette improbable femme qui, par ses
seules nature et présence, me ferait le plus simplement du
monde aimer la vie. Ensuite, j'aimerais que la vie m'offre
l'opportunité de vivre confortablement, en toute sérénité et
insouciance.
L'amour avec un grand A et la sérénité du confort et de la sagesse, voilà
les seules choses que j'attends encore de ma vie, hormis
l'indispensable bonne santé qui permet de profiter du reste.
Mais l'amour et le confort psycho-socio-économique sont deux
objectifs très improbables à réaliser, tandis que leur
concomitance relève presque de l'impossible...
Mes attentes de la vie se résument donc finalement à de l'improbable et à
de l'impossible. Si le couperet doit tomber, eh bien ! qu'il
tombe. Je crains malheureusement qu'il ne me fera pas rater
grand chose. Le meilleur ne reste sans doute pas à venir, il
est hélas derrière moi. Loin, déjà !
D'ici l'intervention, les médecins m'ont conseillé beaucoup de repos, de
calme, d'éviter les sources de stress, d'anxiété et
d'énervement, ainsi que les fortes émotions. Soit !
Profitons-en donc pour ne plus penser à rien d'autre qu'a
lire - et pourquoi pas ces maîtres que je néglige trop
souvent, que sont Hugo, Voltaire, Rousseau, Stendhal,
Maupassant ou Balzac.
Paradis des plumes, me voici !
Enfin, si les disciples d'Esculape ne repoussaient pas victorieusement la
sinistre Camarde, à mes proches et à tous ceux que ma vie
m'a donné la joie, le plaisir et l'honneur de connaître, je
dirais : au-revoir s'il est un au-delà, sinon adieu et
prenez soin de vous en tout cas.
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3 mars 2010 -
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Idées noires IV :
Le blues du cafard et du bourdon
-
17 mars 2010 -
Verdict
implacable : condamné à vie !
Si la civilisation a cru bon de combattre et proscrire la
peine de mort vouée aux criminels, la peine de vie -
autrement impitoyable - est plus que jamais d'application
pour les faibles, les fragiles, les cassés et les brisés qui
n'ont ni la force de combattre le monde ni le courage de le
quitter d'eux-mêmes.
Si mes soucis cardiaques de 2008 m'avaient fait l'effet d'un terrible coup
de massue, leur récent regain avait, pour mon âme décidément
torturée, esquissé l'heureuse perspective d'une possible
libération prochaine.
Il n'en sera finalement rien puisque les dysfonctionnements relevés, non
contents de n'être pas significatifs, n'hypothèquent en rien
mes jours. Pour ce qui est du court terme à tout le moins...
Quitte à paraître paradoxal, je suis effectivement déçu du verdict. Un
problème précis, surtout sérieux, auquel on aurait pu
remédier - ou pas... - m'aurait tranquillisé l'esprit. S'il
avait lourdement amputé mon espérance de vie, au moins
n'aurais-je plus eu d'autre choix que de tirer le meilleur
parti de chaque jour m'étant offert, comme d'un précieux
présent de la Providence, sans me soucier un seul instant du
lendemain. Ce diagnostic-là, celui qui ne fut pas, m'aurait
libéré de mes plus impitoyables maux intimes, qui grèvent
mon existence depuis l'aube de mes jours, l'anxiété du
lendemain et l'angoisse de l'être.
Mais qu'aucune menace pour ma vitalité à court terme n'ait, cette fois,
été remarquée, diagnostiquée, débusquée, m'impose
d'envisager un avenir que je n'appelle pourtant plus de mes
vœux puisque les plans du Grand Architecte ou Horloger ne
prévoient sans doute pas de combler mes ultimes espérances
et rêves. S'il les entend, il ne doit y voir qu''imaginaire
et illusion, pitoyables divertissements destinés à me faire
patienter dans l'attente d'un départ à l'horaire encore
indécis.
Je suis fatigué de poursuivre une route qui ne me mène manifestement nulle
part, de me stresser, de m'angoisser, de m'inquiéter, de
chercher inlassablement et sans succès l'improbable, fragile
et précieux équilibre entre ma volonté et celle d'autrui,
entre mon bon plaisir et la conformité sociale qu'on exige
de celui qui ne pourrait être qu'indigent en cas
d'insoumission.
Que voilà beaucoup de mots pour dire ce que tout le monde avait compris
bien plus simplement : j'en ai marre !
Le meilleur est derrière moi et, si je l'observe sans concession, il
n'était déjà pas si extraordinaire que cela... La mémoire ne
fournit de souvenirs qu'aux ordres du cœur et l'illusionne
selon son meilleur goût.
Si je me voulais plus bassement prosaïque, je ne pourrais sans doute pas
effacer d'un revers de main cette frustration qui fut mienne
ces derniers jours et qui contribua - peut-être plus encore
que tout le reste - à miner ma raison et mon moral. Quelques
jours durant, les jolies infirmières ne semblèrent voir en
moi qu'un gros morceau de carne vieillissante, là où - hier
encore - il ne m'était pas si rare d'avoir le privilège de
susciter quelque manifeste émoi flatteur...
Ô ! cruels outrages du temps, délaissez donc votre ouvrage implacable et
libérez-moi de vos supplices...
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17 mars 2010 -
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Idées noires V :
Orgueilleux mais lucide
-
18 mars 2010 -
Cupidité
et vénalité me sont aussi distantes que vanité me cheville
au corps.
Constat sans complaisance. Désintéressé, je suis néanmoins aussi orgueilleux et fier
que ma vie est vaine.
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Idées noires VI
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19 mars 2010 -
J'ai parfois
tellement peur de l'avenir que j'aimerais en être privé.
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Idées noires VII
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19 mars 2010 -
Dans toute
souffrance intime solide vient un moment où même le rêve et
l'espoir ne servent plus à rien.
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Idées noires VIII
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19 mars 2010 -
Passant aujourd'hui
dans un centre commercial urbain, n'y voyant que teints mats
ou basanés et femmes voilées, je n'ai pu que m'interroger
sur les lois physiques qui président à la rotation
terrestre.
Le globe semble tourner sous nos pieds sans que nous bougions.
Ainsi suis-je aujourd'hui en terre d'islam sans y être né et
sans jamais avoir quitté mon pays pour m'y rendre...
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Idées noires IX
- 20 mars 2010 -
C'est la sérénité
que je cherche dans la vie. Si je ne l'y trouve pas, faudra
bien la chercher ailleurs...
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Idées noires X :
Défaut de vigilance
- 20 mars 2010 -
Depuis quinze ans,
je chérissais le secret espoir de voir enfin s'enfuir le
souvenir de l'amour assassiné. Mais
depuis quinze ans j'avais placé mon cœur sous contrôle, ne
lui autorisant que sympathie, amitié ou affection, mais lui
proscrivant absolument tout qui put ressembler de trop près
à de l'amour. M'interdisant ainsi de le trouver ailleurs, je
me condamnais paradoxalement à entretenir son souvenir dont
je voulais pourtant me libérer.
Depuis quinze ans, j'en étais attristé mais m'en accommodais ma foi fort
bien, limitant ainsi considérablement le nombre et l'ampleur
de mes souffrances intimes, de ces naufrages sentimentaux
qui font si souvent le désespoir des fragiles et des
faibles, qui lézardent leur être et nuisent à leur santé
mentale.
Puis, un jour que je n'y prenais garde, il suffit à une inconnue de
paraître à mes yeux et de pénétrer mon environnement pour
tout faire basculer. En un instant, je vis s'enfuir le
souvenir péniblement supporté quinze années durant, le
sourire me revint à la seule vue de la rousseur inconnue et
lumineuse. La découvrant peu à peu, je lui trouvai sans
délai tous les charmes, tous les éclats, je me laissai
éblouir et je vis en elle l'incarnation pourtant devenue
improbable de cet amour dont je me défiais depuis trop
longtemps.
Libéré de ma contrainte despotique, mon cœur s'abandonna sans la moindre
retenue à tous ces enivrants emballements dont s'horrifie
toute sage raison, mais que mon âme se désespérait de goûter
encore.
Aux confins de mon esprit, une voix sourde, à peine audible, me serinait
inlassablement de prendre garde, de m'en tenir aux faits et
de me garder des interprétations trop hâtives, mais je n'en
avais cure tant la possible perspective d'un imminent
bonheur inespéré m'illuminait d'espoir, tant son aura
étoilait mon regard et rayonnait dans mon âme, la faisant
soleil de mes jours et de mes nuits.
Hélas, une fois encore, ma raison se révéla plus perspicace que mon cœur
et la belle, subitement horrifiée par cette force de mes
sentiments qu'elle n'avait pas suspectée et qu'elle ne
souhaitait surtout pas, m'écarta sans équivoque de l'orbite
de ses sourires, à des années lumière des faveurs de son
cœur.
Je chus alors douloureusement dans l'ombre noire, épaisse et poisseuse des
souvenirs lointains du bonheur dont la lumière ne m'atteint
plus depuis trop longtemps. Pantin désarticulé, âme
désespérée, cœur désabusé, je m'y complais désormais et ne
suis même plus sûr de vouloir encore m'en extraire, relever
la tête pour affronter un monde trop violent pour mes
sentiments, un monde qui m'impose de feintes force et
assurance qui m'épuisent, un monde que je suis pourtant trop
lâche pour quitter.
Défaut de vigilance. Une seule imprudente baisse de bouclier en quinze
ans, une flèche en plein cœur !
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