Solitudes
Aphorismes,
maximes et pensées.
.©
2004 Romain Guilleaumes. Tous droits réservés.
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A
présent que je n'ai plus rien à me dire, que ma compagnie me lasse, il
serait sain que je songe à me quitter.
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Au contraire de l'avenir,
le passé est connu. Il n'est ni vain ni vide, en cela il me rassure.
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Au grand dégoût de la jeunesse cruelle, la vie marque les
corps de ses traces et cicatrices.
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Avec le temps et
l'expérience, le sentiment l'emporte sur les hormones. Ainsi les femmes
perdent de leur attrait, mais la femme obsède. Celle-là qui, unique,
saura encore émouvoir un cœur endurci par les épreuves.
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Bizarre, il me semble que,
chaque année, les femmes qui me plaisent sont plus jeunes. A moins
qu'elles aient toujours vingt ans et que je vieillisse...
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C'est la souffrance, seule,
qui mène le monde. Il n'évolue qu'au travers de crises faites de
tristesse, d'injustices, d'erreurs, de douleurs, de rancœurs et de
haines.
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Comme l'amour, toute vérité est imaginaire et
illusoire. Elle n'attend qu'un démenti ou une trahison pour
disparaître.
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Comment savourer la vie si
l'on ne goûte le plaisir d'être ?
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Des roses de ma vie, je
n'ai gardé que les épines. Mais, Dieu !, que ces fleurs étaient belles
et sentaient bon.
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En démocratie, où le
suffrage universel l'emporte toujours, on n'a que les élus que l'on
mérite.
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Etre embrassé par celle que
vous n'osiez rêver, c'est plus fort que tout, c'est être embrasé.
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Fuir la solitude, c'est
vouloir s'ignorer.
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Il est des pères dont la
seule œuvre est de réjouir leurs enfants de leur mort.
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Ilot
de survivance, la solitude recueille les âmes naufragées.
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Je
manque d'espoir pour donner à l'avenir un tour suffisamment exceptionnel
qui me donne envie de le vivre.
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Je
suis fait de la seule peau dont on fait les survivants. Celle des
lâches.
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L'âge en trop, c'est celui
de la désertion de l'espoir.
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L'amour n'existe pas. Il
n'est que des affinités des corps et des sens qui se font ou se défont
au gré des humeurs et des opportunités.
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L'animal
blessé grogne et mord, pour se libérer des autres, peu avant la mort.
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L'archétype du couple
moderne : coexistence de deux célibataires mariés par pure convention.
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L'art
est un mensonge qui travestit la réalité pour nous la rendre supportable.
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L'éclat
mondain est une parure qui dissimule les failles et blessures d'un être
condamné à les vivre secrètement.
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L'espoir est un fourbe qui
rend imaginables l'improbable et l'impossible.
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L'éternité dure le temps d'y croire. Parfois, une vie
entière.
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L'existence est un bûcher
où, du premier au dernier jour, nous brûlons nos illusions jusqu'à
l'ultime, l'hypothèse d'un sens à la vie.
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La jeunesse ne s'achète pas, mais la
vieillesse se paye. En remords et en regrets.
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La mort n'accomplit
pleinement son œuvre qu'à l'instant de l'ultime pensée vous étant
accordée par un vivant.
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La seule maladie mortelle
définitivement incurable, c'est la vie. Au premier cri, nous voilà déjà
mourants.
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Le citoyen démocrate est un
enfant qui exige toute liberté de ses parents mais réclame leur force,
leur protection et leur autorité lorsque les choses tournent mal.
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Le
dépressif qui parle de suicide veut vivre ; pour celui qui n'en parle
plus, il est déjà trop tard.
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Le monde est né sans
l'homme et finira de même. Que peut-il lui arriver de mieux ?
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Le suicide est une pièce
dont la face est la mort de l'amour, et le pile l'amour de la mort.
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Mes
espoirs ne sont que désespoir.
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Mourir
sans que personne ne se souvienne qu'on a existé équivaut à perdre sa vie.
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On est seul dans son
sommeil, on est seul dans sa mort ; pourquoi devrait-on souffrir les
autres en veille, sinon pour nier l'évidence d'une quête vaine : celle
de la sérénité et de l'épanouissement dans l'amour ?
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Pour un désespéré il y a
pire que le suicide, c'est l'instinct de conservation.
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Si
l'on est lucide, s'aimer soi-même confronte immanquablement à la
désillusion.
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Toute vie est vaine si elle
n'est marquée par une grande réalisation ou ne donne jour à une
progéniture.
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"Tu
penses trop, de là vient tout ton malheur !", me dit-on. Et si penser
m'aidait plutôt, en fait, à oublier que je ne suis pas heureux ?
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Un enfant, ça rit et ça
pleure. Un enfant, ça invente le bonheur.
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Un sourire est un
merveilleux oubli du quant-à-soi et des démons intérieurs, une offrande
à autrui qu'il ne faut point railler ou dédaigner sous peine de le voir
s'éteindre à jamais.
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Vivre c'est apprendre et apprendre c'est souffrir.
Pour oublier, il n'y a que mourir.
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